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TitleLe Monde - 13 12 2020
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Page 1

DIMANCHE 13 - LUNDI 14 DÉCEMBRE 2020
76E ANNÉE – NO 23617

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FONDATEUR : HUBERT BEUVE-MÉRY
DIRECTEUR : JÉRÔME FENOGLIO

Algérie 220 DA, Allemagne 3,70 €, Andorre 3,50 €, Autriche 3,80 €, Belgique 3,20 €, Canada 5,80 $ Can, Chypre 3,20 €, Danemark 36 KRD, Espagne 3,50 €, Gabon 2 400 F CFA, Grande-Bretagne 3,10 £, Grèce 3,50 €, Guadeloupe-Martinique 3,30 €, Guyane 3,50 €,
Hongrie 1 440 HUF, Italie 3,50 €, Luxembourg 3,30 €, Malte 3,20 €, Maroc 22 DH, Pays-Bas 3,80 €, Portugal cont. 3,50 €, La Réunion 3,30 €, Sénégal 2 400 F CFA, Suisse 4,40 CHF, TOM Avion 500 XPF, Tunisie 4,10 DT, Afrique CFA autres 2 400 F CFA

L’ÉPOQUE – SUPPLÉMENT  ACHETER SES CADEAUX D’OCCASION DANS LES RESSOURCERIES

Lila Bouadma : « Cette pandémie 
est d’une tristesse infinie »

réanimatrice à l’hôpital Bichat,
à Paris, elle est une des trois fem­
mes membres du conseil scienti­
fique, qui guide l’exécutif dans la
crise sanitaire.

Originaire de Belfort, issue
d’une famille d’immigrés kaby­
les, sept enfants, père ouvrier,
mère femme de ménage, Lila
Bouadma, 49 ans, raconte com­
ment il lui a fallu se battre contre

les préjugés sexistes et racistes
pour devenir professeure de mé­
decine. « Je voulais être parfaite »,
se souvient­elle.

Elle dit comment, en mars, l’épi­
démie de Covid­19 et ses drames
ont percuté sa vie, la faisant os­
ciller en permanence entre devoir
de soigner et envie de pleurer.

JE NE SERAIS PAS ARRIVÉE LÀ SI…
PAGE 28

A l’hôpital Bichat, à Paris, le 22 mai. ED ALCOK/MYOP

UN GRAND PAS 
POUR L’EUROPE

PAGE 33

1
É D I T O R I A L

Vingt­cinq ans après l’ac­
cord de paix de Dayton, la
génération née autour de
1995 reste clivée selon des
lignes communautaires
PAGES 20-22

Géopolitique
En Bosnie,
la « génération 
perdue » de 
l’après­guerre

De Pink Floyd à Kassav’,
en passant par Nikolaus
Harnoncourt, Yma Sumac,
Lou Reed ou Charles
Mingus… les chroniqueurs
du « Monde » proposent
leur sélection
PAGES 24-25

Musique
Notre choix
de coffrets
pour les fêtes

Etats­Unis
La Cour suprême
inflige un revers
à Trump
PAGE 3

Sport
Le fiasco Mediapro
menace
le football français
PAGE 17

Laïcité
En 1905, l’adresse
d’Aristide Briand
aux députés
PAGE 29

Climat : la bataille contre le réchauffement se relance
▶ Un sommet climatique
est organisé, de manière
virtuelle, samedi 12 dé­
cembre, sous l’égide des
Nations unies, du Royau­
me­Uni et de la France

▶ Cinq ans après l’accord
de Paris, cet événement
signe le redémarrage de
la diplomatie climatique,
encouragé par l’élection
de Joe Biden aux Etats­Unis

▶ Seuls les Etats prenant
des engagements ambi­
tieux de réduction des
émissions de gaz à effet
de serre seront autorisés
à s’exprimer

▶ Si le réchauffement a
continué de s’aggraver
et si les progrès semblent
lents, la prise de conscience
et la mobilisation d’acteurs
variés s’accroissent

▶ L’Union européenne
vient de s’accorder sur un
nouvel objectif intermé­
diaire de baisse de 55 %
des émissions d’ici à 2030
PAGES 14 À 16

LE PARI 
RISQUÉ 
DE BORIS 
JOHNSON

Au 10 Downing Street, le 10 décembre. SIMON DAWSON/REUTERS

▶ Au nom
de la souveraineté
restaurée, le diri­
geant britannique
minimise la portée
d’un « no deal »
▶ Pour autant,
l’absence d’accord
avec l’UE aurait
des conséquences
importantes pour
le Royaume­Uni
PAGE 4

Face à l’expansion
chinoise et au protection­
nisme américain, l’Union
européenne, partisane
fervente du libre­échange,
cherche une nouvelle
voie pour défendre
son industrie
PAGES 18-19

Commerce
L’Europe
s’arme enfin

Atteint du Covid­19,
transféré en Allemagne
le 28 octobre, le chef
de l’Etat, Abdelmadjid
Tebboune, n’a plus donné
signe de vie. Le pays
s’enfonce dans l’inconnu
PAGE 2

Algérie
Crise, répression
et vacance 
du pouvoir

Trois semaines après
son passage à tabac,
« Le Monde » a rencontré
le producteur de musique
devenu le visage de la
lutte contre les brutalités
des forces de l’ordre
PAGE 10

Police
Michel Zecler : « Je 
me pose toujours 
cette question : 
pourquoi ? »

Trois chercheurs améri­
cains, croisant les chiffres
de la croissance et ceux
de la mortalité due au
Covid­19 dans plusieurs
pays, concluent à l’effica­
cité du confinement,
sous certaines conditions
PAGES 30-31

Idées
« Pour sauver 
l’économie, 
il faut d’abord
sauver les gens »

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Page 2

2 | INTERNATIONAL DIMANCHE 13 ­ LUNDI 14 DÉCEMBRE 20200123

D’ un 12 décembre àl’autre, l’Algéries’enfonce dans l’in­connu. Samedi, le
premier anniversaire de l’élection
d’Abdelmadjid Tebboune à la tête
du pays coïncide avec son 56e jour
sans apparition publique. Atteint
du Covid­19, transféré en Allema­
gne le 28 octobre, il n’a plus donné
signe de vie. Pas un mot, pas une
image : les Algériens doivent se
contenter de communiqués an­
nonçant un « retour prochain ».

Cette absence prolongée laisse
de nouveau planer le spectre
d’une vacance du pouvoir à Alger.
L’agence de presse officielle (APS)
a beau répéter que l’« Algérie re­
noue avec l’espoir et la légitimité
constitutionnelle », le régime algé­
rien semble perdu. Et depuis deux
mois, il n’a plus de tête.

« C’est comme une impression de
déjà­vu. Une répétition de l’ère
Bouteflika. Surtout si M. Tebboune
rentre dans un état inquiétant »,
explique le sociologue Nacer
Djabi. L’incapacité de l’ancien pré­
sident à gouverner s’était posée
dès 2013 à la suite des séquelles
d’un AVC. « Avec les échéances qui
attendent, il y a pourtant urgence
à avoir une réponse », ajoute­t­il.

Car le pays vit suspendu entre
deux Constitutions. La première
continue de s’appliquer alors que
sa réécriture avait été présentée
comme une condition sine qua
non à l’édification d’une « Algérie
nouvelle » par M. Tebboune.

« Echec politique consommé »
Adoptée après un scrutin massi­
vement boycotté le 1er novembre,
la suivante est aujourd’hui dans
les limbes, dans l’attente de sa ra­
tification par le chef de l’Etat. Ce
qu’il est tenu de faire dans les qua­
rante­cinq jours suivant la procla­
mation des résultats du scrutin
par le Conseil constitutionnel.
Soit, au plus tard, le 27 décembre.

Elaborée pour neutraliser le
Hirak, le mouvement de protes­
tation dont le pays a été le théâ­
tre, cette réforme constitution­
nelle contestée par l’opposition
s’est heurtée à un mur d’indiffé­
rence. Le taux de participation
s’est établi à 23,7 %, alors que le
scrutin était censé fonder une
« nouvelle République ». « La ré­
ponse du peuple algérien a été
cinglante. C’est un échec politique
consommé », ajoute Zoubida
Assoul, ancienne magistrate,
avocate et présidente de l’Union
pour le changement et le progrès
(UCP), un parti d’opposition.

Autre dossier en souffrance : la
ratification du budget 2021, que
M. Tebboune doit signer avant le
31 décembre. Les nominations
d’ambassadeurs, magistrats,
hauts fonctionnaires, responsa­

bles de corps de sécurité sont
gelées. Seul face à une tempête sa­
nitaire et économique, un pre­
mier ministre aux pouvoirs limi­
tés, Abdelaziz Djerad, essaye de
colmater les brèches.

« C’est l’année des crises et des
échecs, abonde Zoubida Assoul.
M. Tebboune est arrivé dans le
sillage d’une révolution pacifique
qui a mis en mouvement les Algé­
riens autour d’aspirations démo­
cratiques et une demande d’Etat
de droit. Mais il a tourné le dos à
ces revendications. Il a été élu avec
moins de 40 % de participation, se­
lon des chiffres officiels gonflés.
Quelle que soit la réalité de ces chif­
fres, il n’avait pas de légitimité po­
pulaire. Et il n’a pas été capable
d’avancer une offre politique. Au
contraire, il y a eu cette décision
unilatérale qu’ont représentée
l’amendement à la Constitution et
ce référendum imposé en pleine
crise sanitaire et politique. »

Avec un plébiscite impossible et
une accession au pouvoir ratée,
l’an I de la présidence d’Abdelma­
djid Tebboune porte également la
marque d’une occasion man­
quée, selon Nacer Djabi. « Pour
contrebalancer sa faiblesse politi­
que, il aurait pu s’appuyer sur le
Hirak, dit le sociologue. Ce mou­
vement populaire, reflet d’une Al­
gérie moderne en quête d’une
autre politique, aurait même pu le
servir. Mais il n’a pas su ni voulu

saisir cette chance. Il est resté pri­
sonnier dans son costume
d’homme issu de l’ancien système,
dont il a assuré la reproduction. Il
a fait du bricolage : incapable de
proposer un projet commun à la
société. Pourtant, les Algériens
sont sages. Mais jusqu’à quand
vont­ils le rester ? »

« Ce bricolage, ce sont ces
annonces toujours floues – qui se
contredisent. On navigue à vue »,
ajoute un opérateur économique,
qui se dit « inquiet » alors le Co­
vid­19 a surgi pour frapper une
économie déjà chancelante. La
pandémie aurait entraîné la perte
d’un demi­million d’emplois au
minimum, avouait au début du
mois le ministre délégué à la pros­
pective, Mohamed Chérif Belmi­
houb.

« Le domaine économique est
une deuxième crise à mettre au bi­
lan d’Abdelmadjid Tebboune, ac­
cuse Mme Assoul. Il n’y a pas la vo­
lonté de donner une visibilité qui
pourrait encourager l’investisse­
ment, national ou étranger. Il n’a
jamais eu un programme ni une
vision économique à moyen ou à
long terme. C’est ce qui explique ce
tâtonnement permanent. Ils ont
organisé une conférence sur la di­
versification économique, mais
rien n’a suivi. Ce que l’on voit, par
contre, c’est une dépréciation du
dinar de 25 % et un déficit budgé­
taire annoncé à 20 milliards de
dollars [16,5 milliards d’euros] par
la loi de finances. Et la situation
économique est aggravée par la
dépendance de l’Algérie aux hydro­
carbures. »

« Même dans la gestion de sa
maladie, ils ont fait preuve d’une
opacité totale. Il est absent depuis
cinquante jours sans que l’on sa­
che ce qu’il a. C’est une forme de
mépris envers le peuple, poursuit
Zoubida Assoul. Cette crise a mis à
nu l’état de notre système sanitaire
et le décalage entre le discours po­

litique et la réalité. Malade, Abdel­
madjid Tebboune est parti se soi­
gner en Allemagne quand les Algé­
riens font face ici à une situation
catastrophique, malgré toute la
bonne volonté des personnels de
santé et les solidarités de la so­
ciété. » Interrogé en juin par la
presse, le chef de l’Etat assurait
pourtant : « Notre système de
santé est le meilleur du Maghreb et
d’Afrique. »

Alors que la population s’in­
quiète, le pouvoir durcit la répres­
sion. C’est le troisième marqueur
de cette première année d’Abdel­
madjid Tebboune : le 11 décembre,
90 personnes restaient en déten­
tion pour délit d’opinion dans
30 wilayas (départements) sur les
48 que compte le pays. Un tableau
qui provoque de premières réac­
tions à l’étranger. Le 26 novem­
bre, le Parlement européen adop­
tait une résolution d’urgence sur
la dégradation des droits de
l’homme en Algérie, s’attirant les
foudres du pouvoir à Alger.

« Nous ne mesurons pas à quel
point le monde change et à quel
point la question des droits hu­
mains est importante, même si elle
est traitée de façon sélective par
l’Occident, résume l’ancien minis­
tre et diplomate Abdelaziz Ra­
habi, interrogé par Le Soir d’Algé­

A Alger, le 13 octobre, pendant la campagne pour le référendum constitutionnel du 1er novembre. A l’emplacement no 4, une affiche représentant le président Abdelmadjid Tebboune. FATEH GUIDOUM/PPAGENCY/SIPA

Alors que
la population

s’inquiète,
le pouvoir durcit

la répression.
Un tableau

qui provoque
de premières

réactions
à l’étranger

LE CONTEXTE

DÉFIANCE
Elu le 12 décembre 2019
lors d’un scrutin présidentiel
contesté par l’opposition et
marqué par une très forte abs-
tention, Abdelmadjid Tebboune
boucle une première année de
mandat dans un contexte de
crise économique, de défiance
de la population et de pandé-
mie de Covid-19, qui l’a lui-
même atteint. Malade, évacué
en Allemage, où il a été hospita-
lisé, il n’est plus apparu en pu-
blic depuis près de deux mois.
Cette absence crée une nou-
velle impasse institutionnelle et
réveille le spectre de la vacance
du pouvoir qu’a connue le pays
lors des hospitalisations à
l’étranger de son prédécesseur,
Abdelaziz Bouteflika, fortement
diminué après un accident vas-
culaire cérébral en 2013.

rie. Les Algériens sont très sensi­
bles à ce qui se dit d’eux à l’étranger
tout en restant sourds à ce qui se
dit à l’intérieur. Il y a une réelle dé­
gradation de la situation des liber­
tés individuelles et collectives »

Dans un tel contexte, Abdelma­
djid Tebboune sera­t­il en capa­
cité de diriger le pays ? Une nou­
velle fois, les regards se tournent
vers l’armée, colonne vertébrale
du système et acteur incontour­
nable dès lors qu’une grave crise
secoue le sommet de l’Etat.

« Système en panne »
« Je ne pense pas que les militaires
laisseront faire si la situation est
vraiment bloquée. Tout le système
politique est en panne : Parlement,
Conseil constitutionnel, prési­
dence », constate Nacer Djabi. Le
chapitre Gaïd Salah, l’ancien chef
d’état­major mort en décem­
bre 2019 après avoir porté M. Teb­
boune au pouvoir, a marqué la fin
d’une époque. « C’était le dernier
soldat issu de l’ancien système, dit
M. Djabi. Je crois qu’il y a
aujourd’hui une possibilité d’aller
vers une phase de transition discu­
tée avec le Hirak, le personnel poli­
tique et les Algériens en respectant
des conditions minimales : libérer
les détenus, laisser les citoyens s’ex­
primer, ouvrir les champs politi­
que et médiatique et aller vers des
élections transparentes. »

« Ceux qui ont imposé les scru­
tins de décembre 2019 et novem­
bre 2020 se retrouvent dans l’im­
passe. C’est une opportunité,
même si la situation est complexe,
ajoute Zoubida Assoul. J’espère
qu’il y a des gens dans l’institution
militaire qui ont compris qu’on ne
peut pas construire un Etat sans
son peuple. » 

madjid zerrouky

L’Algérie renoue avec la vacance du pouvoir
Abdelmadjid Tebboune, élu il y a un an, est hospitalisé en Allemagne, tandis que l’espoir de réformes a fait long feu

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Seul face à une
tempête sanitaire

et économique, un
premier ministre

aux pouvoirs
limités, essaye

de colmater
les brèches

Page 23

légende zoom


0123
DIMANCHE 13 ­ LUNDI 14 DÉCEMBRE 2020 géopolitique | 23

Contamines-Montjoie

Courchevel

Ischgl

Madonna di Campiglio

Ortisei

ITALIE

FRANCE

SUISSE
AUTRICHELIECHTENSTEIN

ALLEMAGNE

SLOVÉNIE

CROATIE

Oulx

LausanneLes Rousses
(Voir zoom)

Les Portes du soleil

Grenoble

Lyon

Genève

Zurich

Chambéry

Thonon-les-Bains

Schruns

Bourg-Saint-Maurice

Saint-Gall-Altenrhein

Berne

Bludenz

Coni

Lugano

Milan
Vérone

Venise

Bolzano

Trente

Klagenfurt

Salzbourg

Gastein

Radstadt
Kitzbühel

Innsbruck

Munich

Ehrwald

Sankt Anton am Arlberg

Moutiers

Briançon

Embrun

Cluses

Châtillon

Zermatt

Turin

Grindelwald
Saint-Moritz

Arosa

Ötztal
Bruneck

Wörgl

Oulx

LausanneLes Rousses
(Voir zoom)

Les Portes du soleil

Grenoble

Lyon

Genève

Zurich

Chambéry

Thonon-les-Bains

Schruns

Bourg-Saint-Maurice

Saint-Gall-Altenrhein

Berne

Bludenz

Coni

Lugano

Milan
Vérone

Venise

Bolzano

Trente

Klagenfurt

Salzbourg

Gastein

Radstadt
Kitzbühel

Innsbruck

Munich

Ehrwald

Sankt Anton am Arlberg

MoutiersMoutiersMoutiers

BriançonBriançonBriançon

EmbrunEmbrunEmbrun

ClusesClusesCluses

ChâtillonChâtillonChâtillon

ZermattZermattZermatt

TurinTurinTurin

GrindelwaldGrindelwaldGrindelwald
Saint-MoritzSaint-MoritzSaint-Moritz

ArosaArosaArosa

ÖtztalÖtztalÖtztal
BruneckBruneckBruneck

WörglWörglWörgl

Ischgl, cluster européen
de la première vague
Considérée comme la « Ibiza des Alpes »,
cette station du Tyrol autrichien
accueille jusqu’à 10 000 touristes
par semaine en haute saison.
Au cours de la première vague,
elle a joué un rôle de superdi�useur
du Covid-19 lorsque les touristes
sont retournés chez eux, notamment
dans les pays d'Europe du Nord.

Domaine skiable
Nombre de cas pour 100 000 habitants (du 3 au 10 décembre)
et taux d’incidence national

Covid-19 : taux d’incidence à sept jours Principaux clusters
identi�és lors
de la première vague

Fréquentation des skieurs, en millions de visites
et part de skieurs étrangers, en 2018-2019

Une absence d’accord régional
Pays membre de l’UE

Pays non membre de l’UE

Des décisions nationales non harmonisées

Des décisions nationales non harmonisées

Ayant demandé un accord européen
et la fermeture des stations de ski

Ayant annoncé se plier aux décisions
européennes qui pourraient être prises

Etant opposé à la fermeture

Etant opposé à la fermeture

1. L’arc alpin, première destination mondiale pour le ski... ... enregistre les plus forts taux européens d’incidence du Covid-19

2. Face à l’enjeu économique et en l’absence
d’un accord commun, les Etats jouent leur propre carte

Plus de 100 km de pistes De 20 à 100 km de pistes

Principaux aéroports
et gares desservant
les stations de ski

Principales lignes
de chemin de fer

20 premières stations européennes, en nombre de visiteurs

Stations de ski alpin fermées
(remontées mécaniques)
mais ski de fond autorisé

Stations de ski alpin ouvertes
mais fermeture des hôtels

Stations ouvertes
avec un protocole
sanitaire renforcé

Décision en attente

Stations de ski transfrontalières,
casse-tête logistique en cas
de positions nationales divergentes


50 100 200150 300 400 500 750

Slovénie
731

Suisse
479

Allemagne
251

France
173

Autriche
327

Italie
289

Pays avec des restrictions d’entrée
pour les voyageurs provenant de l’espace
Schengen en raison du Covid-19

Pays ayant décidé d’appliquer des restrictions
et des contrôles pendant la période des fêtes
de �n d’année

Arrêt des liaisons ferroviaires suisso-italiennes
en raison du protocole sanitaire italien

France

Slovénie

Autriche
Italie

Suisse
Allemagne 9,2

1,2

52,8
52,5

22,8
27,7

Sources : Commission européenne ; Laurent Vanat, 2020, chi�res saison 2018-2019 ;
OMS ; Santé publique France (Géodes) ; université Johns-Hopkins ; Skiresort ; Le Monde
Infographie : Mathilde Costil, Francesca Fattori, Sylvie Gittus-Pourrias

50 km

P
P

P

P

P

P

1 665 m

1 250 m

1 400 m

1 253 m

+

+

+

+

FRANCE

La Cure

Domaine skiable des Rousses

SUISSE

P Parkings, restaurants,
transports (bus)

Remontées
mécaniques

Pistes de ski

Les Rousses, le dilemme
des stations transfrontalières
L’accès à cette station
transfrontalière et le parking
se font par la France alors
que la majorité du domaine
skiable se trouve côté suisse.

Covid­19 : le ski perturbe des frontières en Europe
Touchées par le virus, les stations touristiques ont fait l’objet d’un âpre débat entre les Etats de l’arc alpin

vienne ­ correspondant régional

U ne brusque montée des tensions, sui­vie d’une descente en pente douce.Ainsi peut­on résumer le feuilleton
concernant l’ouverture des stations de ski en
pleine deuxième vague de Covid­19, qui a se­
coué les Alpes début décembre, avant de, fina­
lement, s’essouffler. Après un long débat entre
pays européens, aucune station de ski
n’ouvrira pour les fêtes de fin d’année en Italie,
en France et en Allemagne.

Dans ces pays, les remontées mécaniques ne
démarreront, au mieux, que le 7 janvier. L’Autri­
che ouvrira ses stations, mais en maintenant
les hôtels fermés, ce qui devrait décourager les
skieurs venant de l’étranger. Seule la Suisse, où

chaque canton fait cavalier seul, argue de sa
non­appartenance à l’Union européenne (UE)
pour s’extraire de toute consigne collective.

Quarantaine imposée
Après quelques passes d’armes, les inquiétudes
des uns et des autres de voir leurs skieurs partir
chez le voisin se sont apaisées. La France, qui
avait émis l’idée de « quarantaine obligatoire »
et de « contrôles aléatoires » pour les voyageurs
revenant de Suisse, d’Autriche ou d’Espagne,
n’évoque plus le sujet. Depuis le début de la
pandémie, Emmanuel Macron s’est fait fort de
ne jamais fermer les frontières, à la différence
de nombreux pays européens.

L’Allemagne a compliqué tout déplacement
hors du pays pendant la période des fêtes, en

imposant une quarantaine d’au moins cinq
jours à tous les voyageurs. La même mesure
est prévue en Autriche, où le premier ministre
conservateur, Sebastian Kurz, a accusé les im­
migrés d’avoir « réintroduit le virus » sur le ter­
ritoire autrichien, après leurs vacances d’été
passées dans leur pays d’origine, dans les Balk­
ans ou en Turquie. Conjuguée avec la ferme­
ture des hôtels, cette quarantaine décourage
de facto la venue d’éventuels touristes étran­
gers. En Italie, les visiteurs en provenance de
l’extérieur devront se soumettre à une qua­
rantaine obligatoire.

Ce n’est pas un hasard si ce débat sur la
fermeture des frontières aux touristes est
parti de la question des sports d’hiver. Au
début de l’année, plusieurs clusters dans des

stations de ski, et leurs bars de nuit en particu­
lier, ont été responsables de la propagation du
virus en Europe, notamment à Ischgl, dans le
Tyrol autrichien.

Entre le climat froid et le mélange de popula­
tion venant du monde entier, les stations de ski
alpines sont des lieux particulièrement appré­
ciés par le coronavirus. Les vallées alpines affi­
chent aussi actuellement des taux de contami­
nation supérieurs aux moyennes nationales,
probablement pour des raisons climatiques. Il
paraît pour autant impossible de renoncer aux
revenus considérables que génère l’or blanc
dans les Alpes, évalués à 28 milliards d’euros
par an. Tous les pays de la région devront sortir
leur portefeuille pour indemniser le secteur. 

jean­baptiste chastand

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