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Page 13

Lignes de métro

~

XX· SIÈCLE - AUJOURD'HUI

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1900 1934 2010

1900 1 Grand Palais 1989 1 Grande Arche de la Défense

R~SEAIJ EXPRESS """
, RÉGIONAL

Dans lès annéee1970,
. le 'RER relie les
baFlliel:les au métro, ­

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Page 14

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LES VESTIGES DES CARRIÈRES
Le calcaire subsistant dans cette zone, fortement


. exploitée, figure en jaune. Dès bourrages et .

des piliers à bras comblent souvent les anciennes
L'IGC surveille et actualise
carrières, saufquand elles ,sont. reliées à des

Jj e réseau des~carrières et des
galeries. Les carrières connectées par les galeries .. ... ~ . }~creusées sur fonds publics possèdent des murs de .'_,,~.... ­
soutènement et deux types de piliers (ci-dessous) . :' . ~~~) ()~


, Les premiers inspecteurs de l'IGC ont gravé'

les parois des galeries à mesure qu'ils car/fI ­

graphiaient et consolidaient les carrières.


Accès public aux catacombes

e ra
Accessible, Inaccessible Zone remplie

fermé de béton pour

au public empêcher l'accès


Piliers de calcaire massif: roche de


D soutien laissée intacte par les carriers
à mesure qu'ils creusaient alentour.

Piliers à bras: montés avec des pierres
du gisement pour soutenir le ciel aprèsD " /'évacuation du calcaire

Escalier ~ Aqueduc
? ~ '<1, ! ,

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o. 40mt"\i "t Érosion . '(9; ,'-'.............J' , !


"1;....' ~~ du CIel de :--"',;.. ' ' . Effondrement
la carrière '.
(cloche

0

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demeurer sous le quartier chinois. À l'arrêt dans
une rue étroite, nous enfilons des combinaisons
Tyvek et des cuissardes, des gants blanchâtres
en caoutchouc et des casques blancs. Un air
chaud, épais, sort de la bouche d'égout ouverte.
Quignon et ses collègues disent qu'ils ne remar­
quent l'odeur qu'au retour de leurs vacances.

Dans la galerie en forme d'œuf, un flot d'eaux
usées murmure sans cesse dans un canal sur­
creusé. De part et d'autre courent deux grandes
conduites. L'une alimente les immeubles en eau,
l'autre fournit l'eau non potable pour le net­
toyage des rues et l'arrosage des jardins publics.

Certaines galeries existaient déjà en 1859,
quand Hugo achevait Les Misérables. Aux inter­
sections, des panneaux bleu et jaune indiquent
les nom des rues, au-dessus. Quignon et son col­
lègue Christophe Rollot éclairent les crevasses,
localisent les fuites dans les conduites, en pren­
nent note sur un ordinateur portable. Rollot racle
sa botte dans l'eau et la soulève: «Si on regarde
bien, on découvre toutes sortes de choses. »

Les égoutiers affirment qu'ils ont trouvé des
bijoux, des portefeuilles, des armes, un torse
humain. Quignon a trouvé un diamant. Sous la
rue Maurice-Ripoche,je sens un jet d 'eau sur un
de mes pieds. Il sort d 'un tuyau de descente.
Quelqu'un vient de tirer la chasse sur ma botte.

s
LE TRÉSOR

ous l'Opéra Garnier existe un espace qui,
selon beaucoup de Parisiens, relève de la
rumeur. Les ingénieurs qui creusaient les

fondations de l'édifice, en 1860, n'arrivaient pas
à drainer l'eau saturant le sol. Ils résolurent de
l'endiguer dans un réservoir long de 60 m et pro­
fond de 4 m. Ce bassin souterrain, qui apparaît
dans Le Fantôme de l'Opéra, abrite plusieurs
poissons grassouillets. Les employés du palais
Garnier les nourrissent de moules congelées. Un
après-midi, j'observe des pompiers s'y exercer
au sauvetage sous-marin. Ils en ressortent scin­
tillants dans leurs combinaisons humides, et
parlent d'énormes poissons.

Dans les années 1920, une armée d'ouvriers
travaillant jour et nuit non loin de l'Opéra créa
un autre espace unique en son genre. À plus de

26 NATIONAL GEOGRAPHIe· FÉVRIER 2011

Retour au jour Yopie et

Dominique, deux cataphiles,


regagnent la surface via un tunnel


ferroviaire désaffecté, après


une plongée dans une carrière


noyée. Ils apprécient la liberté


des sous-sols. «À la surface, il ya

trop de règlements, dit Yopie.


Ici, on fait ce qu'on veut. Où cela


serait-il possible ailleurs?»


40 m sous la Banque de France, derrière des
portes de 7 t, le coffre-fort qu'ils ont bâti abrite
les quelque 2600 t de réserves d'or du pays.

Nous nous trouvons à l'intérieur de ce coffre­
fort, le photographe Stephen Alvarez et moi.
Dans toutes les directions, les couloirs débor­
dent de lingots, à l'abri de hautes cages en acier.
Je pense aux catacombes: à l'instar de chaque
squelette, chaque lingot ne recèle-t-il pas une
histoire intéressante, voire plusieurs? L'or a tou­
jours été convoité, volé, fondu. Une barre entre­
posée ici provient peut-être de la coupe d'un
pharaon et du lingot d'un conquistador.

Un représentant de la Banque m'en tend une,
lourde et usée. Cette brique porte une entaille
profonde et, dans un angle, le sceau de l'US Assay

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Office de New York, où était vérifiée la pureté de

. l'or, ainsi que la date: 1920. «De l'or américain,


me dit le représentant. Le plus laid. »
Il me désigne d'autres lingots, qu'il considère

de meilleure apparence. Les côtés sont martelés
avec délicatesse ou le dessus est arrondi comme
une miche de pain. Valeur unitaire: 500000 dol­
lars environ. La France vend peu à peu une
partie de son trésor, m'explique le fonctionnaire,
mais les acheteurs refusent l'or américain, trop
abîmé. Dans une salle voisine, des palettes en
sont couvertes, prêtes à être expédiées vers un
lieu inconnu, où les lingots seront refondus et
retrouveront une plus jolie apparence.

En mars 2010, non loin de là, des voleurs ont
creusé un tunnel jusqu'à la salle des coffres d'une
banque. Ils ont ligoté un garde, forcé quelque
200 coffres-forts individuels et allumé un feu en
partant. Les fonctionnaires de la banque cen­
trale me certifient qu'ici le coffre n'est relié à

aucune partie du sous-sol parisien. Je demande
s' il y a jamais eu une tentative de vol. L'un des
hommes s'esclaffe : «Ce serait impossible. »

Nous franchissons les portes en acier et nous
dirigeons vers l'ascenseur qui dessert dix étages.
Après le scanner rétinien et la traversée de sas
en verre, Alvarez et moi nous retrouvons dans
la rue. Je lui demande si quelqu'un a fouillé son
sac. «Non. Ils ont fouillé le tien?»

Nous nous éloignons. Bientôt, je remarque
une bouche d'égout. Elle doit donner sur une
galerie. Qui court peut-être en parallèle à la
rue... ou plonge vers le coffre de la Banque de
France. En esprit, je suis le passage, dessinant sa
direction, ses nombreuses ramifications. Les
cataphiles disent que cette réaction est tout à fait
normale quand on retourne à la surface; c'est
plus fort que soi. On ne peut s'empêcher d'imagi­
ner la liberté des souterrains et leur fraîcheur
immobile, riche de tous les possibles. 0

VOYAGE SOUS PARIS 27

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